J’avais déjà brièvement évoqué Filopix dans mon précédent article traitant des sites de recherche d’images, et je voudrais revenir sur ce nouvel arrivant dans le monde des moteurs de recherche spécialisés dans les images et illustrations. En effet, Filopix est sans doute le premier service de ce genre à tenter d’unifier les différentes utilisations possibles d’une banque d’images, depuis les auteurs (photographes, artistes …), qu’ils soient amateurs ou professionnels jusqu’aux « consommateurs » d’images, professionnels ou particuliers.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Éric Mathieu (que je remercie pour son temps passé à répondre à mes questions), l’actuel directeur de la publication et CEO de Filopix. Nous allons donc commencer par présenter un minimum l’entreprise qui se cache derrière ce nom : Filopix. La société elle-même est née en juillet 2008, donc très récemment, mais Éric Mathieu et Cyril March, les deux cofondateurs du service travaillent depuis plusieurs années sur le projet, notamment à partir de travaux de recherche sur l’indexation des images.

L’objectif avoué de Filopix est de devenir « le Wikipédia des images, agrémenté de tous leurs usages ». Peut-être cela fera-t-il bondir les défenseurs de l’aspect intégralement gratuit et désintéressé de Wikipédia, cependant, cette appellation peut se justifier, en tout cas selon des critères techniques que nous verrons un peu plus bas.

Dès la page d’accueil de Filopix, on peut voir que 3 groupes différents sont ciblés par les services de Filopix :
- les entreprises et professionnels qui veulent acquérir des droits sur des images
- les particuliers qui veulent utiliser l’espace loisirs de Filopix (envoie de e-cartes, téléchargement de fonds d’écran …)
- les auteurs qui veulent partager leurs œuvres sur Filopix.

Pour creuser un peu ce dernier point du partage des œuvres sur Filopix, il est en réalité question ici de toucher de l’argent selon des modalités précises que vous pouvez consulter sur ce document. Pour autant, je préfère parler de partage car clairement, la rémunération d’une seule œuvre restera faible, car ce qui fait l’une des forces de Filopix d’un côté sera aussi la source de critiques d’un autre côté. En effet, quand on regarde du côté du prix de vente des œuvres, on trouve des tarifs extrêmement intéressants pour les professionnels : à partir de 0.99€ par œuvre en utilisation non exclusive mais quel que soit le support et sans limitations ni de durée ni de diffusion. Vous en conviendrez donc, à moins de réussir à vendre l’intégralité de ses albums photos, vous aurez du mal à devenir millionnaire comme ça.

N’ayant ni la place ni forcément l’envie de développer le complexe thème de la monétisation des services sur internet, je pense malgré tout qu’il est tout à fait légitime de définir un prix pour les services proposés par Filopix, et par soucis d’équité, de définir de même une rémunération des auteurs.
De même, étant donné les thématiques que j’aborde sur TechItsWay, je n’aborderai pas plus en détails les services proposés aux particuliers dans la sections loisirs et album photos, même si on peut tout de même citer les possibilités futures de faire envoyer de vraies cartes postales partout dans le monde, ou encore de télécharger des fonds d’écrans pour téléphones portables, le tout à partir des photos présentes sur le site.

Venons-en donc aux deux sujets que je voudrais développer un peu plus, et tout d’abord la vente des images. Aujourd’hui, malgré la présence de textes de lois pour encadrer le droit d’auteur, la possibilité de réutiliser des documents, et en particulier des images trouvés sur internet sans forcément (au minimum !) en demander l’autorisation à l’auteur est assez tentant, et même légal si on s’en tient à des usages privés. Filopix se positionne donc sur le créneau de la mise en relation entre des auteurs et des consommateurs, en organisant le transfert d’une partie des droits d’auteur avec contrepartie financière. Mais ce qui différencie Filopix d’autres services du même genre, c’est qu’une fois la vente effectuée, l’utilisation de l’image par l’acheteur est garantie sans aucune limitation (de support, durée ou diffusion), et ce pour un prix très faible. On peut donc aisément voir l’avantage pour une agence de publicité, une agence de voyage, ou toute entreprise ayant besoin d’illustrations !

La contrepartie de cette caractéristique de Filopix est la rémunération proportionnelle des auteurs qui en résulte. Cependant, il faut bien voir que Filopix n’intéressera probablement pas des photographes professionnels, qui doivent avant tout gagner leur vie à l’aide de leurs clichés ; par contre, qu’en-est-il de vos centaines, voire milliers de clichés qui dorment dans les répertoires photos de vos disques durs ? La simple utilisation d’une de vos œuvres peut être extrêmement gratifiante, à défaut d’être une énorme source de revenus.

Mais dès lors qu’on aborde ce domaine de la vente d’images, il faut pouvoir disposer d’une banque d’images conséquente pour être réellement attractif. Ce sera donc le premier enjeu de Filopix durant ces prochains mois : étoffer au maximum leur offre d’œuvres, estimées à environ 60 000 actuellement. Mais une autre dimension développée par Filopix devrait lui accorder un avantage décisif dans la course à l’indexation des images : leur moteur d’indexation.

Ce moteur, qui n’est pas encore opérationnel, fonctionnera sur le principe d’un thésaurus, et pourra permettre le classement automatique des images soumises. Pour reprendre l’exemple parlant d’Éric Mathieu, le moteur pourra automatiquement classer le cliché d’un singe en Tanzanie dans la catégorie singe, avec reconnaissance de l’espèce, mais aussi dans la catégorie forêts tropicales. Cette méthode d’indexation, inédite à jour, et qui fait appel à une forme d’intelligence artificielle devrait permettre une pertinence des résultats d’une recherche inégalée. C’est en cela que Filopix se veut l’équivalent de Wikipédia pour les images : chaque auteur publiant une œuvre sur Filopix contribuera ainsi à une sorte d’encyclopédie vivante des images.

En conclusion, Filopix est une société de services sur internet très ambitieuse, et qui devrait décupler son potentiel au cours des prochains mois avec l’arrivée de son moteur d’indexation des images. Le modèle économique choisi par les fondateurs de Filopix ne fera probablement pas l’unanimité, mais c’est, à mon avis, un passage obligé pour les services internet, d’autant plus en cette période de crise.



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